J’ai mal à l’être. J’ai mal à l’hêtre. Mes racines poussent avec l’énergie du désespoir.

J’ai mal à mes larmes. Je mal à l’arme. Mes défenses s’affaiblissent, mes bras s’amollissent.

J’ai mal à l’âme. J’ai mal à ma lame. Mes bords sont émoussés, j’ai peine à fendre le vent.

J’ai mal au cœur. J’ai mal au chœur. Ma voix ne devient que murmure, mes mots ne sont plus que soupirs et restes d’avenir.

J’ai deux mains vides. J’ai demain vide. Mes jours avancent dans un travelling avant à travers les ruelles.

Je n’attache plus ma ceinture et je ne porte pas de gilet pare-balles. J’attends qu’on me frappe et qu’on me tire dessus.

J’ai abandonné les chemins passants. Je préfère être seule sur des routes tordues.

J’ai remis le bâillon sur ma bouche. Je n’ai plus envie qu’on me demande comment je vais alors que je sais que je vais mentir.

J’ai l’épine dorsale courbée, les vertèbres écrasées. Je me laisse porter le poids des heures qui passent, je me dis que mon temps viendra.

Je n’ai rien à offrir d’autre que ce qui me reste; peu. Trop peu. Rien que des pétales de rose et du sable au fond de mes poches.

Prends-ma main moite.

Prends ma tête.

Prends mon corps.

Laisse-moi m’assoupir sur tes cuisses.

Souffle-moi quelque chose à l’oreille.

Chante-moi des berceuses décousues.

Aime-moi.

Comprends-moi.

Ne me laisse pas seule.

Rappelle-toi que je ne tiens plus debout, qu’il y a la vague, 

le courant, 

les tremblements, 

les chocs, 

les mouvements, 

les mouvances, 

les chutes de pluie, 

les morceaux de grêlons…

Dis-moi qu’on tiendra.

Dis-moi qu’on est plus fort que ça.

Dis-moi qu’on s’appartient encore.

Dis-moi que je te manque.

Dis-moi que tu regrettes.

Dis-moi qu’on repart à zéro.

J’ai les branches cassées. Je ne suis plus un arbre, je n’ai plus de forêt. Je suis quelque part dans la brume à chercher du réconfort. Je fouille pour trouver des feuilles pour recouvrir mon écorce nue, boucher mes trous, remplir mon hêtre. De toute façon, on ne m’entendra pas tomber.

Je parlais avec quelqu’un.

J’ai considéré les pluies d’étoiles comme des diamants venant d’une autre planète. D’une planète où il pousse des trains, des rails, des arbres tordus. Il y avait des escargots un peu partout sur nos corps essoufflés. On leur a jeté du sel puis nous avons fui le plus rapidement possible ce qui restait de la pieuvre qui creusait dans notre esprit troublé. On a couru. On a sorti les ciseaux, on a coupé les rails, on a laissé la gargouille derrière nous, on est revenu à la grotte, on a doucement vu les astres s’aligner au plafond, on a pris les jambes à notre cou en se demandant si c’était la fin. 

On a remonté la falaise, on s’est agrippé aux parois de peine et de misère. On avait si peur de ne pas être capable de revenir. On s’était perdu quelque part pour mieux se retrouver. On se tenait la main par moment, on souriait de temps en temps, on criait souvent. 

On a marché sur des arbres écrasés, des pleines lunes désamorcées. Y’avait l’éclipse qui s’était décrochée. Le chemin qui s’éclaire, l’univers qui goûte si bon. Il y avait l’absence de gravité, le retour de la lourdeur, le poids de nos pas, la poussière qui montait derrière nous. Il fait beau, on a chaud, on rit plus fort. On en perd la tête. Il y a de ces créatures partout, des erreurs, des horreurs, la beauté de l’étrange. 

On vient de manquer la sortie, mais on est bien ici. On devrait se coucher dans le vide, dans le noir, se laisser flotter sur les vagues d’huile, goûter à la nature, poser les lèvres sur les fleurs, demander à notre train de repartir de la gare, recoller les rails, reposer des chemins de fer sur nos cœurs grisâtres. Il manquait de souffle, mais on pouvait rester, on allait y demeurer. 

On n’a pas besoin d’histoire; on a fait la nôtre

Je te déteste quand tu arrives, mais je te déteste davantage quand tu pars. J’ai toujours l’étrange impression que tu ne reviendras pas, qu’on va prendre chacun notre bord en laissant le monde derrière nous. Le fait est que j’aimerais qu’on foute ce monde-là au bout de nos bras à deux, ensemble, main dans la main. Je voudrais qu’on détruise le ciel à grands coups de tête et qu’on explose de bonheur en se demandant à quel moment on est devenu si heureux. Je veux qu’on s’aime, qu’on se haïsse, qu’on se pousse et qu’on s’endorme enchevêtrés ensemble comme des plantes grimpantes. 

J’aimerais qu’on se tatoue des univers dans le creux des reins en se disant qu’on fera mieux demain matin, qu’on inventera encore des planètes et des systèmes intergalactiques qui tournent un peu tout croche, qui ont le même orbite que nous: un peu désaxé, tout à fait dérangé. J’veux que les étoiles nous poussent dans les yeux, qu’on ait un champ de comètes dans les fossettes de nos joues. J’veux qu’on ne fasse plus attention à la gravité et aux astronautes; nous sommes notre propre satellite et nous dansons sur la lune. 

Je t’aime. Tu le sais. Y’a rien de nouveau là-dedans. Je te le dis tellement souvent. T’en as marre, c’est certain, mais ton sourire en coin m’empêche de m’arrêter. Tes manies, tes travers, tes regards par-dessus les couvertures; tout est parfait. Tu es l’incarnation d’un grand mal, mais d’un encore plus grand bien. Je n’aurais pu demander mieux.

On nage dans les draps tous les matins, on se noie dans les caresses, on tient bon dans le courant. Tu nages vite, tu veux me rattraper, me happer, me bouffer tout rond dans tes profondeurs. Joue dans mes cheveux, écoute le son de la mer dans mon coquillage. Nous sommes sur le plus beau des radeaux, le mien, le nôtre. Nous sommes ceux qui fendent la bise en direction de nulle part. J’ai perdu ma boussole.

Mais je m’en fous. Je m’en fous parce que tu es là et on peut bien se perdre tous les deux… ça m’est égal.

De toute façon, on n’est pas faits pour s’entendre pis s’comprendre. On a été montés pour s’entre déchirer sans arrêt, pour se crier en pleine face pis s’cracher dessus. J’pense qu’on a essayé beaucoup trop souvent. 

On s’est menti en pleine gueule et maintenant on espère recoller les morceaux du jour au lendemain alors qu’on savait pertinemment que tout ce qu’on a voulu rebâtir était voué à l’échec depuis le départ.

On voulait probablement se reprendre la main alors que tes doigts avaient depuis trop longtemps oublié leur place entre les miens. J’ai parlé trop vite et j’ai aligné trop de phrases. J’ai tout bousculé puis on a fini par se repousser à nouveau. 

Honnêtement, je ne sais pas ce qui me manque. J’ignore ce qui m’arrive et à quel moment on a implosé, mais c’est arrivé et je pense qu’on devrait tout de suite cesser d’essayer de rattraper tout ça. On se fatigue pour rien. On se lance dans les murs, on se tue à petites doses, on se défait lentement. On dégénère.

J’écoute des chansons d’amour.

Je devrais même pas. C’est tellement dur. Je vais bien puis j’ai un bouillon et les larmes me montent aux yeux comme si je mourais doucement, comme si la marée montait lentement sur la berge pour revenir dans le courant sans trop savoir par où se faufiler. Ça me pèse dans le cœur pis dans le système. Ça arrive, ça se retire. 

C’est encore pire que de fondre en larmes parce que c’est comme se situer entre deux néants. C’est bien plus terrible de ne rien sentir que de souffrir. C’est l’équivalent de se sentir à moitié vivant. C’est ne pas savoir si on respire encore, c’est ressentir tout en étant engourdi. Je suis prise dans un mouvement inconstant, une immobilité tremblante. 

J’ai froid, j’ai trop chaud, je frissonne et je convulse. Pourtant, tout ce que je veux, c’est dormir un peu, c’est de m’assoupir enveloppée dans des bras trop lourds, irradiant d’une chaleur insoutenable. 

J’ai la vague qui reprend dans le creux des reins et qui monte, et qui monte et qui s’en prend aux hauteurs. Je le sens. J’ai les yeux mouillés, noyés, les organes sous sédatif. J’ai les deux pieds coulés dans le béton. Je suis amorphe, je suis un peu morte, légèrement consciente. C’est comme une brume qui voile ma face, qui épouse mon corps… la seule chose qui n’ait jamais voulu de moi.

Tes paroles qui dégoulinent le long de mes joues comme des larmes et mon cœur qui fond dans ton brasier ardent. L’air est devenu lourd et on s’est écrasé quelque part, explosé en morceaux. Ça a frappé fort; j’ai senti ton corps s’affaisser sous le mien et j’ai vu tes yeux qui se refermaient doucement sur nos cendres. Il faisait chaud et je manquais de souffle. Je voyais mes poumons se rouler sur eux-mêmes, se perdre dans le gouffre de ma chair. Ma chair. Du papier de verre, je dirais. Ça crissait sous ce qui me restait de pas. J’ai un corps. Je suis debout. Comment j’ai fait pour me relever? À quel moment tu m’as pris dans tes bras pour me laisser tomber à nouveau? Je refuse que tu touches ma main encore une fois. Je te déteste.

j2lavoie:

oui oui oui

OHHH MATT.
298
j2lavoie:

Cheveux

Jim Morrison with a dog photographed by Paul Ferrara, 1968.
807
bunniewabbit:

God damn, i love when he smiles like this, that slow smirk that turns to a full-blown smile. Fuuuuuuuck.

I feel this.
"Être blanc c’est tip top!"
Hugo Tout Seul